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Quels sont les enjeux et défis du GIEC* régional normand? Rencontre avec le scientifique Benoît Laignel, membre du GIEC* international et co-président du GIEC normand.
Interview réalisée par Nathalie Soyeux




17 décembre 2019


événement régional









 
Changement Climatique :
la Normandie se dote d’un GIEC régional


La Normandie est la deuxième région pionnière de France à faire du changement climatique une priorité de ses orientations.
Cette initiative s’incarne dans un GIEC normand où les scientifiques ont un rôle majeur de relais des connaissances pour répondre aux besoins d’atténuation et d’adaptation pour faire face au changement climatique.

N.Soyeux: Quel est le point de départ à la mise en place du« GIEC normand », lancé officiellement le 17 décembre à Rouen?
Benoit Laignel: (à gauche sur la photo) Depuis plusieurs années, la Région Normandie s’est engagée dans une politique de développement durable et finance des projets de recherche dans le cadre de sa procédure RIN [Réseaux d’Intérêt Normand], dont certains sont en lien avec le changement climatique. Pour intensifier ces efforts de lutte contre le changement climatique, il apparaissait logique de mettre en place un GIEC normand.
De plus, il y a pour ma part une connexion directe avec le Giec local de la Métropole Rouen Normandie. La mise en place de la COP21 locale a fait émerger l’idée d’une expertise scientifique locale à l’image du GIEC international. Pour moi, président de ce GIEC local de la Métropole de Rouen, il était déterminant de porter ces enjeux au delà, à l’échelle régionale de la Normandie et donc de faire valoir l’importance du sujet au niveau du territoire régional.
Plusieurs échanges ont eu lieu entre les futurs co-présidents du GIEC et la Région Normandie en ce sens. Nous sommes ainsi convenus du besoin de lancer la réalisation d’un état de l’art en Normandie. C’est un engagement fort entre la Région et les scientifiques.

Comment passe-t-on du GIEC international à normand ?
L’identité GIEC bénéficie d’une certaine notoriété, c’est un nom « qui parle ». C’est une carte de visite, une référence par rapport à la volonté de sensibiliser les acteurs. On sait d’emblée de quoi on parle. Bien sûr le « i » d’intergouvernemental ne convient pas au GIEC régional et il sera nécessaire de transformer ce « i » en un autre terme comme par exemple interrégional, mais ceci reste à discuter et à définir entre experts et la Région Normandie.
Nous ne travaillons pas à la même échelle ! Au GIEC International, nous sommes plus de 2.000 experts et j’y occupe le rôle de reviewer (évaluateur). Pour le GIEC normand, j’en assume la co-présidence, avec mon collègue Stéphane Costa, et je concentre mes efforts principalement sur deux thématiques : le climat et l’eau. Nous travaillerons donc à l’échelle régionale du climat et non globale. Mais la base de travail est la même : faire un état de l’art, une synthèse de la littérature sur le changement climatique et ses conséquences.

Comment va fonctionner le GIEC normand ?
Nous sommes 23 experts. Le fonctionnement s’inspire du GIEC international. Nous allons travailler de manière pluridisciplinaire en groupes de deux ou trois personnes positionnées sur les différentes thématiques. L’objectif premier est l’écriture de notes de synthèse sur toutes les données, l’ensemble de la littérature, ce qu’on connaît sur ces thématiques. L’écriture d’une première trame fait l’objet d’échanges, cette version s’alimente par interactions entre mails et rencontres entre nous. Il y aura également des réunions plénières.
Quand le travail sera bien avancé, nous l’enverrons vers des instances, comme la Chambre d’agriculture par exemple pour le chapitre concerné, afin qu’elles puissent apporter une contribution. En ce sens, les experts jouent un rôle de relais.

Quelles thématiques sont priorisées ?
Neuf thématiques sont définies dans un premier temps: Changement climatique et aléas météorologiques ; L’eau : qualité, disponibilité, risques naturels ; Biodiversité continentale et marine ; Sol, agronomie, agriculture ; Qualité de l’air ; Territoires urbains, périurbains, ruraux, habitat et mobilités; Santé. Le choix des thématiques doit être adapté aux spécificités d’un territoire. Les échanges multiples et constructifs avec la Région ont conduit au développement de deux thématiques spécifiques autour de Pêche et conchyliculture et Systèmes côtiers : risques naturels et restauration des écosystèmes. D’autres thèmes suivront, mais mon expérience du GIEC local de la métropole Rouen Normandie m’amène à penser qu’il sera plus constructif de développer certains thèmes ultérieurement comme l’économie en les nourrissant des premières synthèses.

Quelles sont les échéances de calendrier ?
En juin 2020, aura lieu la restitution d’une première partie sur le climat, la ressource en eau et le littoral, système côtier. Les fiches des autres thématiques seront réalisées pour la fin de l’année.

Climat global, climat local : quelle dépendance?
Je milite pour la Normandie ! Nous avons certes besoin des informations au niveau global afin de pouvoir relativiser, avoir les moyens de comparer pour mieux comprendre où se situer. Mais dans les premiers plans climat, manquaient les informations d’ordre régionales ; or pour définir des mesures d’adaptation, se référer à des chiffres globaux n’a pas de sens. Le but est de pouvoir proposer des mesures d’adaptation et d’atténuation par rapport à un territoire. Et nous avons besoin de tenir compte des spécificités à l’intérieur même de ce territoire comme la forêt ou le littoral, sinon on commet des erreurs dans les mesures proposées. Travailler sur la dimension régionale est la bonne échelle pour être efficace et répondre à l’atténuation et surtout à l’adaptation dans laquelle j’inclus la notion de résilience.

Quel est selon vous le défi majeur de ces travaux ?
Sur certaines thématiques, les données sont disparates et certaines synthèses s’avéreront difficiles à réaliser et nécessiteront des hypothèses qui devront être discutées. De plus, il y a beaucoup d’initiatives menées sur le changement climatique (collectivités, associations…), dont nous ne soupçonnons pas parfois l’existence, ce qui rend difficile ce travail de synthèse. Les Parcs Naturels Régionaux sont des sources de données par exemple.
Le premier défi, pour nous scientifiques bénévoles sur ce dispositif, c’est de recueillir toute cette matière, puis de trouver le temps de réaliser la synthèse ! Notre travail se basera donc sur des faits en toute objectivité, avec éventuellement des hypothèses lorsque les données sont manquantes. Faire l’état de l’art, c’est aussi montrer les lacunes, souligner ce qui nous manque.

A qui s’adressent les résultats?
La synthèse est destinée à tous les acteurs. Pas seulement pour la Région (nous n’avons pas un rôle d’évaluation de la politique régionale), mais aussi à tous les élus locaux, aux associations et aux citoyens.
La synthèse pose un constat, elle a pour but d’être assez exhaustive et scientifique mais les notes serviront aussi à fournir des fiches de vulgarisation.

… Avec quels objectifs ?
Il y a trois mots clé. L’atténuation: il faut être innovants. L’adaptation : le territoire a des ressources mais a besoin de mesures concrètes, adaptées aux spécificités locales d’où le besoin d’un socle scientifique solide. La sensibilisation : du plus grand nombre. Le changement climatique nous concerne nous, Normands, et nous le serons encore davantage dans le futur.



Comment définiriez-vous les relations entre monde scientifique et grand public ?
C’est de moins en moins difficile. Je donne beaucoup de conférences depuis 10 ans et les choses changent dans le bon sens. Le monde scientifique n’apparaît plus comme isolé dans sa tour d’ivoire, loin des préoccupations : les scientifiques apparaissent aujourd’hui comme des personnes abordables, disponibles à la discussion.
C’est vrai pour le grand public, mais aussi vis-à-vis des élus. Je l’ai constaté avec le GIEC de la Métropole de Rouen. Les élus peuvent s’exprimer mais ils ont besoin des scientifiques pour être écoutés. Chacun a sa place : le discours pour le scientifique, l’action pour l’élu. Nous sommes complémentaires. Dans ma quarantaine de conférences, j’ai exploité bien des formats, rencontré des publics dans des cafés, à la préfecture, en université… Il y a toujours deux constantes dansles remarques : « je ne m’étais pas rendu compte ! » « ah oui, la Normandie est concernée aussi ! ». Il y a bien sûr des questions, mais jamais de remise en cause du discours scientifique.

Quelles sont vos attentes personnelles?
Comme citoyen, ce serait de sensibiliser tous les acteurs au fait que la Normandie est concernée par le changement climatique. Finalement, peu de monde a accès aux informations au niveau normand. Nous sommes peu à avoir une vision d’ensemble.
Aujourd’hui, il faut aller au-delà de l’information à l’échelle globale, cela ne parle pas assez aux gens. Quand j’évoque des données normandes (sur les événements extrêmes par exemple), là je sens une écoute et un questionnement du citoyen. Cette communication est importante. Il faut toucher les élus, les convaincre car ce sont eux qui décident. L’autre cible clé ce sont les jeunes, les futurs acteurs de demain. Ce qui m’intéresse et est important c’est de travailler avec l’ensemble des réseaux existants pour sensibiliser le plus grand nombre.
Je reste un scientifique de métier, je ne peux pas faire des conférences partout mais j’aimerais pouvoir former des personnes, les aider à sensibiliser et ainsi déléguer. Après l’état de l’art, la question se pose de l’organisation pour apporter la bonne parole au plus grand nombre et c’est pour cela que les réseaux sont essentiels.
A l’université de Rouen Normandie, nous souhaitons créer une unité d’enseignement en licence autour du Développement Durable et du Changement Climatique pour toucher et former l’ensemble de nos étudiants quelle que soit leur filière.

*GIEC : Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat

Les membres du GIEC normand
Benoit Laignel, co-président du GIEC normand, professeur de Géographie et Environnement à l’université de Rouen Normandie, membre-expert de l’IPCC/GIEC, président du GIEC Métropole de Rouen.
Stéphane Costa, co-président du GIEC normand, professeur de Géographie à l’université de Caen Normandie, président du Conseil Scientifique de la stratégie nationale de gestion du trait de côte.

Aux côtés des présidents, des chercheurs de l’Université de Rouen Normandie et de l’Université de Caen Normandie, un chercheur de l’Université du Havre Normandie et des experts techniques.
Sophie Brunel Muguet (INRA EVA, Univ. Caen) ; Olivier Cantat (LETG, Univ. Caen) ; Loic Chéreau (Conservatoire des espaces naturels ; Caen) ; Eric Daudé (IDEES/CNRS, Univ. Rouen) ; Jean-Claude Dauvin (M2C Univ-Caen) ; Daniel Delahaye ((LETG, Univ. Caen) ; Julien Deloffre (M2C, Univ. Rouen) ; Emmanuel Eliot (IDEES, Univ. Rouen) ; Eric Foucher(IFREMER) ; Frédéric Gresselin (DREAL) ; Christophe Imbert (IDEES Univ. Rouen) ; Dr Joel Ladner (CHU de Rouen) ; Jean Philippe Lacoste (Conservatoire du littoral) ; Estelle Langlois (EcodiveUniv. Rouen) ; Christophe Legrand (Atmo Normandie) ; Régis Leymarie (Conservatoire du littoral) ; Nathalie Niquil (Borea, Univ. Caen) ; Zinedine Nouaceur (IDEES, Univ. Rouen) ; Francis Orvain (Borea, Univ. Caen) ; Jean François Ouvry (AREAS) ; Jean Paul Robin (Borea, Univ. Caen) ; Patricia Sajous (IDEES Univ. Le Havre).

 

 
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